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Guatemala: Rigoberta Menchu, prix Nobel, candidate
à la présidentielle GUATEMALA (AFP)
La Guatémaltèque d'origine indienne Rigoberta Menchu,
prix Nobel de la Paix 1992, a accepté officiellement mercredi
d'être la candidate d'un parti de centre-gauche à l'élection présidentielle
prévue en septembre dans son pays. "C'est un début, c'est un oui
(à la candidature présidentielle). Ensuite viendront les négociations
sur le terrain", a déclaré au cours d'une conférence de presse
Mme Menchu qui représentera le parti Rencontre pour le Guatemala.
Dans un entretien accordé au quotidien Siglo XXI
il y a deux semaines, Rigoberta Menchu, qui lutte depuis des années
pour une meilleure représentativité de la majorité indienne, actuellement
marginalisée, dans la vie politique, avait annoncé qu'elle se
porterait candidate à l'élection présidentielle. Les Indiens du
Guatemala, qui constituent 60% des 12,2 millions d'habitants,
vivent dans la pauvreté.
Rigoberta Menchu, qui vient de fêter ses 48 ans,
membre de l'ethnie maya des Quichés, avait été récompensée du
prix Nobel "en reconnaissance de son travail pour la justice sociale
et la réconciliation ethno-culturelle fondées sur le respect pour
les droits des peuples autochtones". Si elle remporte le scrutin
de septembre 2007, elle deviendra la première indienne et la cinquième
femme présidente en Amérique latine, après l'Argentine Isabela
Peron, la Nicaraguayenne Violetta Chamorro, la Panaméenne Mireya
Moscoso et la Chilienne Michele Bachelet. La Prix Nobel a expliqué
dans sa conférence de presse qu'elle unirait les forces du parti
EG et d'un parti indien qu'elle a lancé, Winaq.
Rigoberta Menchu a été éduquée dans des écoles catholiques
et a milité pour la cause des femmes dès son adolescence. Dans
les années 80, elle a rejoint la guérilla antigouvernementale,
dirigé des grèves et s'est engagée dans les rangs d'un groupe
radical soutenant notamment les droits des Mayas.
A la suite de menaces, elle s'est exilée à Mexico
en 1981 où elle a continué à organiser le combat contre les autorités
guatémaltèques et pour les droits des peuples indigènes miséreux
du Guatemala et de l'ensemble de la région, devenant de ce fait
leur porte-parole.
Parmi les étapes de son combat figure sa participation
à une audience publique en 2003 contre la candidature à la présidentielle
d'Ephrain Rios Montt, qui a dirigé le pays de façon autoritaire
de mars 1982 à août 1983, au cours de laquelle des insultes de
"sale indienne", "indienne effrontée" et "va vendre des tomates
à l'arrêt de bus" lui ont été lancées.
Un peu plus tôt, en 1999, un tribunal espagnol,
s'appuyant en partie sur son témoignage, avait inculpé l'ex-président
Fernando Romeo Lucas Garcia de violations des droits de l'Homme.
Les accusations à l'encontre de M. Lucas Garcia, qui a dirigé
le Guatemala de 1978 à 1982, portaient notamment sur son ordre
donné à l'armée de déloger des protestataires qui occupaient l'ambassade
d'Espagne dans la capitale guatémaltèque en janvier 1980. Le bâtiment
avait été incendié, provoquant la mort de 36 personnes, dont le
propre père de Rigoberta Menchu, Vicente. Plusieurs mois plus
tard, les forces de sécurité avaient arrêté sa mère, qui n'a plus
jamais été revue et est présumée morte.
Le président Garcia est pour sa part décédé en 2006
avant sa comparution au tribunal. La victoire d'une femme indigène
au Guatemala serait un séisme social, dans un pays déchiré par
une cruelle guerre civile de 1960 à 1996 et dominé par une élite
blanche et métisse descendant des immigrants européens depuis
que les Conquistadors espagnols sont arrivés dans les années 1500.
Elle serait comparable à l'arrivée à la présidence en 2005 en
Bolivie d'Evo Morales, un indien Aymara.
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