Cet extrait - témoignage d'Atanasio
( nom d'un jeune indien qui est aussi le nom du livre ATANASIO
de Catherine Vigor ) résume très bien la réalité
et le pourquoi nous nous engageons auprès d'eux.
"On dit que l'Indien ne parle pas, qu'il préfère
le silence. L'Indien se tait, en premier lieu, parce qu'il a
peur de ne pas bien parler l'espagnol et de ne pas être
compris. Nous, Quichés, nous pensons et raisonnons forcément
en quiché.
Beaucoup d'Indiens ne sont pas bilingues, certains ne disent
que quelques mots d'espagnol, d'autres ne connaissent que des
formules de politesse. Ma mère par exemple, a commencé
à parler l'espagnol il y a une dizaine d'années
seulement. Au premier abord, on croit qu'elle s'exprime bien,
mais si on lui pose une question générale sur
la situation du pays, elle ne pourra pas répondre car
elle ne connaît pas les mots en espagnol. Si la langue
est un moyen de communication par excellence et que l'Indiens
ne la manie pas bien, il ne pourra évidemment jamais
échanger avec personne. De là, ce grand silence
Si vous compreniez le quiché, l'Indien vous dirait :
- Personne ne nous écoute, personne ne nous voit.
Nous sommes là, mais personne ne nous voit. Comment faire
pour être reconnus ?
L'Indien vit dans la soumission. Nous sommes à la fin
du XXème siècle et l'Indien continue de ployer
sous des charges énormes la tête baissée
sous le mecapal comme s'il était une bête
de somme. Parce qu'il n'a jamais pu s'exprimer ni se défendre,
il a toujours été soumis à l'injustice.
Le paysan indien ne peut pas protester, ni faire valoir ses
droits dans sa langue, il est donc obligé de se taire.
Ce silence est une morsure. "
