15 jan 2005 Dépêche
AFP
Le Guatemala empêtré
dans un tourbillon de violence
La violence au Guatemala a fortement progressé en 2004, le
président guatémaltèque Oscar Berger, qui avait
fait campagne sur ce thème il y a un an, a perdu son combat:
4.346 morts violentes, dont 527 femmes, enlèvements,
embuscades, fusillades et répression policière se multiplient.
Depuis les accords de paix de 1996, qui ont mis fin
à 36 ans de guerre civile entre la guérilla de gauche
et les forces gouvernementales, le pays ne parvient pas à s'extirper
du tourbillon de violence, favorisé par l'impunité et
la corruption endémique de la police.
Les statistiques rendue officielles à l'occasion
du 1er anniversaire de l'arrivée au pouvoir d'Oscar Berger,
le 14 janvier, font état de 23.000 délits. Plus
de 100 policiers ont été démis de leurs fonctions
en 2004, pris la main dans le sac ou en flagrant délit de connivence
avec les narcotrafiquants. Le Guatemala est un des nombreux pays de
transit pour la drogue venant de Colombie à destination des
Etats-Unis.
Pour les autorités, les coupables sont les gangs
armés ("maras") -la Mara Salvatrucha et la Mara-18-
qui sévissent également au Salvador et au Honduras.
La principale source de devises du pays, le tourisme -temples mayas
de Tikal et Antigua- pourrait être la victime de leur mauvaise
réputation. Quelques dizaines de touristes étrangers
ont été agressés sur les routes du pays où
les embuscades sont de plus en plus fréquentes et en décembre,
une Néerlandaise de 56 ans a été tuée
dans le nord du Guatemala. Plusieurs consulats ont recommandé
à leurs concitoyens la plus grande vigilance ou d'éviter
de se rendre au Guatemala.
Le nombre de personnes assassinées, prises
dans une fusillade ou tuées gratuitement a augmenté
de 25% en 2004 et tous les indicateurs signalent une insécurité
croissante.
Oscar Berger a reconnu vendredi une "grave détérioration
de l'institution policière" et demandé du temps:
"La route est longue pour parvenir à une paix ferme et
durable". Ciudad de Guatemala, la capitale, concentre 40% de
la violence, estiment les autorités.
Le directeur de l'Alliance contre l'impunité,
une ONG guatémaltèque, Miguel Angel Alvizurez, dénonce
l'absence de politique sécuritaire et d'actions concrètes
pour freiner la pénétration du crime organisé
dans les institutions de l'Etat. "C'est un désastre total,
affirme-t-il, nous nous acheminons malheureusement vers une +colombianisation+".
Chef d'entreprise, fermier, femme enceinte, écrivain,
touriste, personne n'est à l'abris de la violence incontrôlée.
Lors des douze derniers mois, 527 femmes ont été tuées.
On leur a tiré dessus, on les a lapidées ou poignardées
et leurs meurtriers savaient qu'ils pouvaient agir en toute impunité.
Andrea Barrios, du Centre d'attention légale pour les droits
de l'Homme (CALDH), stigmatise l'absence de volonté politique
d'enquêter et de punir les crimes contre les femmes. "Le
gouvernement s'est amusé à justifier les assassinats
et dans certains cas à responsabiliser ces femmes, et il continue
d'être responsable des crimes par omission", a-t-il insisté.
Des occupations de fermes ou des manifestations ont
également tourné au drame. En août, un propriétaire
terrien a cherché à déloger 2.000 paysans qui
bloquaient l'accès à sa ferme, une fusillade a éclaté
et 10 personnes ont été tuées. Mardi, un paysan
a été tué et 20 blessés quand la police
a dégagé un barrage établi sur une route pour
protester contre une entreprise minière canadienne.